Hâte eux liés






Il y a un peu plus d’un an, j’ai participé à un atelier d’écriture. C’était avec Estelle. C’était dans un lieu magnifique, en Ardèche, au Domaine du Taillé. Cette année, j’ai rempilé, c’est dire comme j’ai apprécié ce que nous propose Estelle dans ces parenthèses d’écriture. 

Que tu saches écrire ou pas, que tu écrives souvent ou non, rien n’est imposé, tout est entouré d’écoute et de bienveillance.

Si ça te tente, d’ailleurs, un nouveau stage se profile à l’horizon. J’y serai bien allée, mais je serai, à cette période, sur les chemins de Compostelle, une autre forme de créativité !


(Il y a encore quelques places, si le cœur t'en dit !)

Je souhaite ici te faire part d’un moment qui m’a beaucoup plu et bien inspirée. Estelle a su amener le sujet et je m’en vais te le raconter.

Nous avions chacun un verre transparent devant nous. Nous l’avons rempli d’eau.

Dans un tout premier temps, Estelle ne nous demandait que d’observer, de griffonner, un mot, deux mots que nous inspirait ce verre d’eau.

Puis, elle nous a distribué à chacun-e une pastille effervescente (style vitamine C), nous invitant à la toucher, la sentir, y déposer le bout de la langue (ou pas), d’écrire un mot, deux mots que nous inspirait cette pastille.

C'est alors qu'Estelle nous a invité à la jeter dans l’eau, (bon, on s'en doutait un peu...) observer ce qui se passe, de gribouiller, un mot, deux mots, des phrases (ou pas) de ce qui se passait dans le verre.

Et là, elle nous a annoncé :

« Je vous propose d’écrire un texte sur un moment de votre vie où vous avez vécu une métamorphose ».

J'ai ressenti toute cette petite mise en scène intrigante comme un détournement de notre attention (mentale), laissant une place à notre inspiration (cœur), donnant du souffle à notre créativité (corps).

Voici mon texte, texto...


22, vl’a les flic, dit-on ! Effectivement, pour moi, l’année 2022 a mis de l’ordre dans ma vie, même si ma vie ressemblait étrangement à un verre plein d’eau transparent, calme et apparemment satisfaisant.

L’année 2022 a sonné le glas de l’arrêt, l’arrêt sur image, le début d’une nouvelle vie qui allait, non pas me faire oublier celle d’avant en jetant tout, mais bien en commençant à tourner une page, pour passer à autre chose.

Voilà que j’utilise la métaphore du livre et de ses pages qu’on tourne pour faire défiler ma vie ! 

En 2022 une pastille effervescente est tombée dans mon verre d’eau et cette pastille était loin d’être vitaminée.

Ainsi, cette année-là, je faille perdre mon œil droit. C’était le 12 septembre (4 ans ce week-end, jour pour jour !), et cette date a un peu la résonnance du 11 septembre, ce jour si malheureusement connoté. A partir de là, je suis entrée dans un cercle vicieux médical, comme si mon corps tout entier était plongé dans le tambour d’une machine à laver.

Précisément un mois après cette opération suite à un décollement de la rétine, c’est un cancer des ovaires qu’on me découvre.

Là, la pastille effervescente est en pleine effervescence, elle explose de toute part formant des bulles à la surface de mon être, à l’image des potions que les sorciers préparent en secret dans des antres sombres. Il s’en est suivi deux autres opérations de mon œil droit et six séances de chimio qui m’ont fait basculer dans la douleur, la peur, le désordre, mais aussi dans l’espoir, l’amour, l’attention, la patience et la certitude qui devient réalité, la certitude que le mot cancer n’a pas systématiquement à être associé au mot mort.

J’en suis revenue, c’est dire. Aujourd’hui, je dis cancer, over !

Pour autant, ce cancer, au plus profond de mes tripes, et c’est bien le cas de le dire, je sais pourquoi il m’a traversé, je sais ce qu’il me fallait changer dans ma vie.

Dans ma salle de bain, en lettres argentées, j’ai collé sur les murs la phrase suivante de Bouddha : " Prends soin de ton corps pour que ton âme y reste longtemps ", et j'y ai ajouté " et vice versa ". Or, je savais depuis longtemps que je négligeais les besoins essentiels, primaires, vitaux de mon corps. Je le savais tout au fond de moi, mais je n’ai rien changé à mes habitudes, ces habitudes n’engageant pas que moi…  Jusqu’à ce que mon corps me parle, en premier lieu avec cette tache noire dans le bas de mon œil que j’ai de suite analysée comme un signe que mon corps parlait à mon âme... Et vice versa :

« Hé, ya un truc qui cloche, là, en bas, faudrait aller voir… ».

L’année du cancer a ouvert les vannes de la vérité. Je me suis soignée, guérie, puis, avec conscience et courage, j’ai renoncé à tout ce que je ne voulais plus, je l’ai exprimé très clairement et le chemin qu’a pris ma vie, sans ce cancer, cette pastille, n’aurait jamais pris la direction qu’elle a actuellement. Elle en aurait pris une autre...

Chaque jour, tout s’aligne, chaque jour, je rencontre des synchronicités, simples, complexes ou rigolotes qui, à mes yeux sont des signes qui me disent que je suis sur le bon chemin. Mon verre plein d’eau avec sa pastille fondue dedans ont dévoilé des couleurs invraisemblables, les couleurs de l’arc en ciel en quelques sortes, les couleurs de la liberté, de la libre expression et de la sérénité.

Aujourd’hui, je remercie l’effervescence de la métamorphose ! 

 

Sandrine L

  

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