Mon père...

 



« Parler à mon père »...𝅘𝅥𝅰𝅘𝅥

Ca n’est pas cette chanson qui m’a conduit à tout mettre en place pour le faire. C’est un long cheminement, celui qui part de ma naissance. Ou peut-être avant, qui sait…

Ma naissance ? Un miracle, quand j’y pense…

Ma vie ? Une joie, toujours…

Et ce, malgré les obstacles que j’ai partiellement racontés, de façon très romancée, sur ce blog, à travers les textes « Des gènes errants » du Clap 1 au Clap 66, entre septembre 2023 et septembre 2025.

C’est en écrivant les deux lignes précédentes que je m’aperçois que cette histoire comprend 66 Claps. 66, c’est l'année de ma naissance. J’ai commencé et terminé cette histoire en septembre (2023 et 2025). Septembre, c’est le mois de ma naissance. La vie nous fait de sacrés clins " dieu ", tout de même !

Et si je pousse un peu plus loin, c’est en 2025, quelques semaines avant le clap de fin «  Des gènes errants », que je suis allée parler à mon père, comme si quelque chose s’était déjà descellé.

Ah, ces lignes d’ions qui nous traversent ! J’ai déjà fait ce jeu de mot là (" Ces lignes d'ions " qui nous traversent....), il s’impose en évidence ici, pour qui connait sa célèbre chanson. Ces lignes d’ions ont traversé mon être par des gènes errants : j’ai longtemps eu des doutes, de gros doutes et notamment celui d’avoir hérité des gènes dépressifs de mon père.

En janvier 2025, j’apprends que mon père a subit un cancer et qu’à présent, il va bien. Il va bien, dans la mesure du possible. Mon père n’a jamais été bien. Mon père est dans un mal être constant. Je l’ai su très tôt, mais c’est à 18 ans que je me suis dit ouvertement au creux de moi-même que mon père serait plus heureux mort que vivant. Et c’est à 19 ans que j’ai quitté la maison familiale. Et c’est à cet âge que j’ai vraiment pris mon envol, pleine de doutes et d’incertitudes, une de mes ailes profondément endommagée, celle de mes fondations. Quand on vole avec une de ses ailes affaiblie, c’est comme quand on rame avec une seule rame, on ne fait que tourner en rond, on ne fait que faire du sur place. C’est ce que j’ai longtemps fait. Pour autant, j’ai vécu ma vie, perdant un peu, beaucoup de temps. Mais il faut croire qu’il me fallait passer par là pour devenir ce que je suis aujourd’hui. Voler de guingois, ramer d’une rame, avoir des doutes, ça fragilise. Voir mon père si atteint, au fil des années, ça a été au-dessus de mes forces, générant en moi des vides d’angoisse, de puissants puits sans fond ; j’ai coupé tout lien avec lui au début des années 2000 pour me centrer sur la construction de ma propre vie.

Et puis, en janvier 2025, j’apprends que mon père a subit un cancer et qu’à présent, il va bien. Personnellement, à présent, j’ai retrouvé mes deux ailes pour voler haut et à mon aise, j’ai remonté toutes mes pales sur l’hélice de mon embarcation. Je me sens plus forte. Je me sens d’aller le voir, je me sens de parler à mon père.

Quand je lui apprends ma décision, ma propre fille, tirailler entre son amour pour moi, la volonté de voir son grand père et constater son état sous l’œil détaché que lui impose son métier d’infirmière, se propose de m'accompagner à Paris. Paris ? Que dis-je ? La banlieue, plutôt ! Et la pire !... le 9-3, comme ils disent, ce lieu qui me révulse. Certes, celui où j'ai choisi de naître, mais qui a tant changé ! Une phrase d'un ami me poursuit depuis toujours ; « Nous ne sommes pas des légumes pour prendre racine, là où l’on nait ». Là où l’on est, aussi… J’ai mis et continue à mettre en application cette forme d'adage ; je m’en réjouis chaque jour.

Nous sommes en février 2025. Ma fille, infirmière libérale, travaille certain week-end. Au vue de son agenda, sa prochaine disponibilité sera pour les 14 et 15 juin 2025. OK ! C’est noté, c'est loin, mais ça nous laisse le temps de tout organiser, matériellement… et moralement !

Et, on décide de se jouer le grand jeu, d’autant que mon père, compte tenu de sa situation psychologique ne voudra peut être pas me voir. Si c’est le cas, s’il me tourne le dos, je ne souhaite rien lui imposer. Je le sais si fragile. Je fais la démarche d’aller dans cette banlieue pourrie pour aller parler à mon père, mais si il ne veut pas de moi, j’aurai fait la démarche, je serai en paix avec moi-même. A son endroit, je n’ai rien à prouver, j’y vais pour moi, l’amour dans l’âme, c’est tout ce que je veux et que je peux lui apporter ; l’amour dans l’âme, le cœur en paix.

Le grand jeu, donc ; ma fille et moi prévoyons avion, voiture de location, hôtel avec spa (en dehors du 9-3 !). Tout se prépare et tout s’enchaine à la perfection, pour en arriver au jour J.

Je sais mon père désorienté de mon passage prochain, je sais qu’il est agité, extrêmement nerveux de ma visite imminente. Mais je sais dans quelles dispositions j’y vais, ancrée, solide et pleine d'amour. Alors j’y vais.

L’avion, la voiture, la pollution banlieusarde, ma fille et moi en cohésion, notre arrivée à la résidence sénior où il vit, ma tante que je n’ai pas vue non plus depuis plus de 25 ans, l’émotion de la retrouver. Tout est au rendez-vous... Sauf mon père qui s’est échappé de la résidence. En quelques sorte, je m'y attendais, alors, je me sens sereine, à ma place, fébrile, mais sans fièvre, curieuse, mais sans impatience. Nous avons prévu deux heures sur les lieux, nous resterons les deux heures.

Et puis au bout d'un quart d'heure, voilà qu’on nous informe que Monsieur Daniel est là, dans la cour de la résidence. Ma tante, habituée au comportement imprévisible de mon père, se précipite pour aller à sa rencontre, le prévenir, le moraliser. Je les vois au loin. Je le reconnais. Oh oui !... Je le reconnais, ce père atypique, silhouette fine et toujours élancée, cheveux longs attachés en une queue de cheval lâche, je le reconnais de loin et mon reflexe premier est de l’observer, ébauchant le geste de me cacher. Le voir, sans qu’il me voie ? Quelle ineptie ! Je ne suis pas venue pour ça. Je suis venue pour qu’on se voie, lui et moi. Alors, l'apercevant devant les arguments de ma tante, faire un mouvement de recul comme s’il voulait à nouveau sortir de la résidence, je m’élance dans un sprint sur les 200 mètres qui nous séparent, je dépasse ma tante qui négocie, et malgré un écart de sa part comme pour me laisser passer, mais c’est quoi cette folle qui court, il ne me remet pas, trop soudain, cette apparition survoltée, cette inconnue qui se rue vers lui, le prend dans les bras. Mon père est au bout de ma course, son corps stoppe mon élan, je le serre fort, très fort dans mes bras, comme pour qu’il ne m’échappe pas, tout en lui murmurant quelques mots doux à l’oreille, tandis que ma tante, quelques mètres derrière, lui parle :

-       Laisse-toi faire, Daniel… C’est ta fille qui vient te voir. Lâche-toi… C’est que de l’amour…Ca va te faire du bien...

Peu à peu, je sens mon père se détendre contre moi et quand je desserre mon étreinte sans toutefois le lâcher, Je lève la tête vers lui, cherchant ses yeux. Il me regarde alors de ce regard que jamais je n’oublierai, celui qu’il a toujours eu, fondu entre joie primaire et tristesse abyssale, continuellement agité par trop de clairvoyance et bien trop de démons. Je le connais tellement ! Mais là, nous avons la même brillance au fond des yeux, la brillance d'une larme de fond, sans pour autant fondre en larme ; oui, là, à cet instant, on a, à l’unisson, l’amour dans l’âme. 

L’amour dans l’âme ? Eh bien, mission accomplie !

Tout le monde s’est éclipsé autour de nous, ils nous ont laissé pendant une petite heure, mon père et moi. A ma demande, il m’a fait visiter son lieu de vie dans la résidence sénior, un petit deux pièces, propre et lumineux, où rien ne transpire du syndrome de Diogène dont il est affecté. Il me dit en riant qu’il insulte les femmes de ménage qui l’empêchent de garder ses « accumoncélations ». « Accumonceler », un mot que je l’ai souvent entendu prononcer, un mot qu’il a lui-même inventé, un mélange d’accumuler et amonceler, comme si il avait prédit d’être affecté de ce syndrome. On discute de tout, jamais de rien, de lui, de moi, il me dit qu’il a toujours été caractériel. Un bien faible mot au regard de sa réel pathologie. Il a cette impudeur incroyable de s’avouer anormal, en toute lucidité. 

Mon père est ainsi, psychologiquement instable, l’a toujours été et le sera toujours. Je profite de l’instant. Je lui dis de faire de même. Je ne m’attarde pas sur l’après, je sais que pour lui ce sera difficile. Ma volonté était de le voir, de le serrer dans mes bras, j’y suis, je lâche prise sur tout le reste, et essentiellement là, sur l’instant, celui d’avoir cru longtemps que mon père deviendra un jour un père normal.

A son âge, rien ne changera plus. Rien. Inutile de refaire l’histoire. Juste accepter. Et en faire une force sans l'aile de mes fondations.

A l’âge que j’ai, beaucoup n’ont plus leur père ; je sais la préciosité que c’est d’avoir pu encore parler à mon propre père.

Ce week-end là, le 15 juin 2025, c’était la fête des pères. Encore un joli clin " dieu " !... 

Puisse mon père garder l’amour dans l’âme, le cœur en paix, pour toujours.🙏💓🙏


Sandrine-aile

temps-père...

 

Commentaires

  1. Dr Sofi du Gard08/02/2026 13:18

    Quelle très belle lecture , que d’émotions , d’amour

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  2. J’ai beau avoir eu le privilège que tu me racontes ce grand moment dans les moindres détails l'année dernière, j’ai pris plaisir à lire ton texte et toutes les émotions qui vont avec. Tu vois, moi qui n’ai pas une grande mémoire, maintenant j’ai l’impression de connaître cette jolie étape de ta vie « par cœur » 💕

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  3. Merci Sandrine pour ce beau partage. C'est une chanson qui résonne souvent dans ma tête

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  4. claire rubio09/02/2026 00:29

    Très beau et émouvant Sandrine, je n'ai plus mon papa depuis 20 ans

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  5. Catherine A.09/02/2026 05:49

    Je suis heureuse pour toi d'avoir pu le voir et vous serrer dans les bras après si longtemps. Bisous très affectueux

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  6. Magnifique Sandrinette : cette transmission des émotions , ce récit comme si j' y étais , cette résilience et sagesse MER

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