Et voilà encore que Noël « des boules » !

 



Faire croire au père noël, ça part d’un bon sentiment, celui d’éveiller la magie dans les yeux des enfants. Mais c’est à mon sens beaucoup plus profond que ça.

En essence, je ne peux pas te faire croire que ce qui s’énonce dans le texte suivant résulte d’un vrai dialogue avec ma fille, mais, imaginer que c’est vraiment arriver rend ma pensée beaucoup plus profonde… Et te livrer ma pensée la plus profonde, c’est cadeau… de noël ! 

 

-       Noël, ah noël ! La période de toutes les merveilles, la période des couleurs et des luminescences, ça clignote et ça scintille, ça brille et ça électrise…. mais ça fait aussi un sacré grabuge dans certains esprits, dis-je. 

-       Mais pourquoi tu dis ça, maman ? me répond ma fille, c’est trop génial, Noël, t’as les cadeaux, la joie de tout le monde, les sapins, l’empressement de trouver ce qui fera plaisir. Regarde ton petit fils et ta petite fille comme ils sont contents de les ouvrir leurs cadeaux !

-       Oui, oui, c’est sûr, sur l’instant. Mais quand même, tout dépend du ressenti de chacun. Personnellement, j’associe beaucoup cette fête à la petite marchande d’allumette ; regarder de l’extérieur dans le gris et le froid des rues, les gens à l’intérieur de chez eux jouir de cette chaleur ambiante, toutes ces lumières qui éclairent chaque recoin des maisons.

Je pense vraiment que la façon d’aborder Noël, c’est lié à l’histoire de chacun. Tu le sais, ma fille, moi, ma famille était modeste. Ce ne sont pas mes parents qui m’ont élevée, mais mes grands-parents. A leur époque, une simple orange les mettait en joie. Tu vois, dans le symbole, c’est aux prisonniers qu’on apporte des oranges. Oui, mes grands-parents, ils m’ont apporté ce qu’ils avaient, avec le peu de moyens dont ils disposaient. Je voyais bien qu’ils faisaient des efforts considérables chaque année pour nous offrir ce semblant de chaleur ambiante et toutes ces lumières éclairant chaque recoin de la maison. Mais, du plus loin que je me souvienne, je m’aperçois que je n’ai jamais vraiment su me laisser aller à cette sensation de confiance et d’émerveillement à l’approche de Noël. Très tôt, j’ai eu des doutes sur ce gros bonhomme rouge et blanc, débonnaire et sympathique, sensé amener à tous les enfants de la terre les cadeaux tant sollicités, le tout enfoui curieusement dans une toute petite hotte. Je ressentais tout au fond de moi une incroyable invraisemblance entre tout ce matériel à transporter et tous ces petits enfants à contenter. J’avais là l’intuition d’une sorte de facétie, de plaisanterie, de non-dit.

Et puis un jour, j’ai découvert dans un vieux coffre coincé au fond de la cave, entre un vélo rouillé et un vieux berceau en bois, une botte de père noël qu’il me semblait avoir déjà aperçu sans trop savoir où. J’ai eu comme une impression de déjà-vu.

Je crois bien que c’est à ce moment-là que le doute m’est réellement tombé dessus. Et ça a fait à l’intérieur de moi comme une petite ouverture, je me sentais comme sur le rebord d’un grand gouffre. 

Une autre fois, forte (ou faible, plutôt !) de ce gouffre d’incertitude qui commençait à s’infiltrer en moi, j’ai avoué à ma grand-mère, que je ne croyais pas que le père noël existait. C’est là, que de façon complètement incompréhensible, soudaine et sur la défensive, je l’ai vu se mettre en colère contre moi. Elle m’a dit. « Eh ben, puisque c’est ça, tu crois plus au père noël, tu n’auras plus de cadeau ».

A cet instant précis j’ai décidé que le gouffre qui s’offrait à moi, ce fameux gouffre d’incertitude, de doutes et de mensonges autour duquel tournait cette idée d’existence même du père noël, ce vide, j’allais de transformer en quelque chose de beaucoup moins pernicieux, quelque chose de plus en adéquation avec toutes les valeurs qui me paraissaient bien plus en accord avec ce que j’avais envie de croire. Cet instant-là, au moment où il m’a été dit «  plus de père noël, plus de cadeau » est resté gravé à jamais au fond de moi.

Alors, j’y suis descendu tout au fond, au fond de ce gouffre, j’y ai brulé le sapin sans mettre en péril l’ensemble de la vallée dans lequel il se trouvait, j’ai rendu le père noël au grand nord comme on rend à César ce qui est à César, et surtout j’ai allumé les illuminations de noël tous les jours de l’année : oui, c’est chaque jour que je m’émerveille de la brillance, des clignotements, des scintillements de la vie.

Egalement, aujourd’hui, je crois bien plus aux lutins farceurs qu’au " ooh ooh ", surement parce que dans l’expression « les lutins farceurs », la facétie est déjà annoncée, le mensonge est éludé, leurs effronteries font rire, leurs bêtises donnent une ligne de conduite aux enfants qui les constatent. 

Et la joie s’éveille dans les foyer, sans trêve aucune, puisque l’imperfection, l’humour, l'enthousiasme, le droit à l’erreur, l’imprévisibilité, tout ce que représente ces lutins farceurs, c’est un bon résumé de la Vie.

Sandrine L(utine)



(A lire ou relire, dans le même ordre d'idée, le texte suivant écrit en 2022...)

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