Des gènes errants - Clap 66 - Ames sœurs

 

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Bonjour, la Smala-achever (clap 66) 

Allez, c'est reparti. 
Mais même si il faut aller de l'avant, parfois il faut savoir ... s'arrêter ! 😜
Si tu prends la lecture de ces petits textes en cours de route, tu ne vas rien comprendre ! Il te faut revenir au tout premier texte, celui du 4 septembre 2023, intitulé « Ça part de là - Clap 1 » ,  et respecter l’ordre chronologique des claps…
Si tu es assidu-e et donc fidèle depuis le 4 septembre 2023, tu sais que cette histoire trace son chemin. Alors, ensemble... terminons-là !
Bonne lecture !

La précédente publication, assez lointaine, mériterait d'être relue, je te l'accorde, mais si tu as la flemme et une mémoire indélébile, juste pour rappel, voici comment ça s'arrêtait : 

-           "(...) elle a la révélation que c’est bien Réjane qui a mis le feu à la maison de maître au perron de pierre et au portail en fer forgé. Elle le lit sur son visage.

Et son cœur tombe de haut, en chute libre."


    

-       C’est toi ? C’est toi qui as mis le feu à la maison ??...

La voix de Ludivine part dans les aigues, la colère l’emporte, et tout son corps chavire. Puis très vite, elle n’a plus de mot, elle tente de rassembler ses idées et reprendre son souffle, rattrapée par ses souvenirs. Cette maison, certes, elle était de plus en plus insalubre à cause de l’inertie du père et de sa manie de tout conserver, cette maison n’était pas entretenue et allait, à la longue, tomber en ruine, sans aucun doute. Mais, aller y mettre le feu ! Si Ludivine avait eu des revolvers à la place des yeux, personne n’aurait donné cher de la peau de Réjane. Mais Ludivine, pour se donner bonne contenance et tout en reprenant ses esprits, lève les yeux au ciel. Le ciel ne craint pas les balles perdues, le ciel accueille le calme. Pourtant, Ludivine reste murée dans sa hargne et elle reprend, tout en haussant le ton :

-       Mais Réjane, c’est criminel, ce que t’as fait, là ! Tu te rends pas compte !


Puis, après un tout petit silence, alors que Réjane tente de prendre la parole, Ludivine rajoute :

-       Oui, c’est sûr, toi tu t’en fous, t’y venais plus dans cette maison…


Et très vite, elle enchaine :

-        T’as vraiment aucun respect pour les autres, au final !

-       Ludi… tente Réjane pour l’apaiser.


Mais Ludivine reprend de plus belle :

-       Oh, c’est pas la maison en elle-même. De ça, je m’en fiche, je sais qu’elle devenait invivable, bien trop détériorée... Mais, j’avais découvert des trucs et par ta faute, tout a brûlé, et y’a plus rien, maintenant.


Ludivine a des sanglots dans la voix, mais elle poursuit, coupant la parole à sa sœur sur le point d’intervenir à nouveau :

-       Tu te souviens surement de ce bureau où on n’avait pas le droit d’entrer, juste sous notre chambre, au rez-de-chaussée.


Réjane acquiesce en hochant doucement la tête. Ludivine reprend aussitôt :

-       J’ai mis du temps pour y aller après la mort de papa, mais j’y suis arrivée et… ce que j’y ai trouvé, ça m’a bouleversée.


A nouveau, Ludivine lève les yeux au ciel et le calme la saisie. Elle continue, ravalant ses larmes :

-        C’était trop beau, tu peux même pas imaginer…


Et puis, elle poursuit, la voix chargée de sanglots et les yeux dans les yeux de Réjane, éplorée, elle murmure :

-       Et maintenant, y’a plus rien… Par ta faute…

-       Ah ouais… Et tu y as trouvé quoi ? demande Réjane, aussi doucement que possible, détachée mais cependant curieuse.


Ludivine regarde sa sœur à travers ses larmes et lui dit :

-       J’ai trouvé des trésors, si tu veux le savoir. Des dessins, des cahiers que Papa avait faits. Tu n’imagines même pas comme c’était beau. Il avait couvert les murs de dessins. De nous. De toi. De moi. Et toi, tu arrives, et tu brûles tout… C’est dingue…


Réjane voyant sa sœur si bouleversée se lève de table, la contourne et pose sa main sur son épaule. Mais Ludivine la repousse, tout en continuant de vider son sac :

-       Mais toi et lui, de toute façon, ça a toujours été à couteau tiré. Toi et lui, vous vous êtes jamais entendus, ni compris. Même après qu’il soit parti… qu’il soit… mort…


Réjane ne répond rien, mais parait sereine. Elle reçoit l’information que lui balance Ludivine comme si elle n’était pas concernée. Elle laisse le silence les envelopper toutes les deux, mais Ludivine reprend :

-       Pourtant, toi aussi, tu as eu droit à ton portrait dessiné sur les murs. On y était toutes les deux, de toute petite jusqu’à… jusqu’à… Pfff… C’est malin, maintenant, je me souviens même plus. Mais y’en avait partout, des portraits, des dessins, des petits, des plus grands, juste nos visages, c’était trop beau, trop bien…

-       Et selon toi, ça prouve quoi ?


Ludivine ne comprend pas la question de Réjane.

-       Ça prouve quoi, quoi ?

-       Ces dessins, ces trucs que tu as trouvés, ça prouve quoi ? Ca te prouve quelque chose, on dirait.


Et puis après un silence, Réjane reprend :

-       Ca te prouve que Papa nous aimait, c’est ça ?J’imagine que tu as besoin de preuves concrètes, comme ça, des choses que tu vois, des trucs que tu gardes pour être sûre que Papa avait de l’affection pour toi, pour nous.

-       Exactement. Parce qu’en fait, il n’était pas très expansif, Papa, il ne disait jamais rien. Et le fait de voir ça, ça m’a confortée, réconfortée, ça m’a rassurée, oui…

-       Ah, tu vois, tu le dis, ça t’as rassurée. Mais n’oublie pas qui était notre père… N’oublie pas qu’il était malade, qu’il était empêché, qu’il était différent. C’était un peu comme un handicapé du sentiment, de l’émotion, de l’expression.

-       Ah ça, tu peux le dire…

-       Et du coup, toi, t’as besoin qu’on te prouve les choses. Que ce soit concret ou exprimé.

-       Ben, oui…

-       Et tu n’as jamais pensé que de toutes les façons, c’est ton père, mon père, notre père. Et qu’à ce seul titre, quelques soient les circonstances, malade ou pas, de toutes les façons, il nous aimait ?


Ludivine ne répond rien. Réjane adoucit encore plus le ton de sa voix :

-       Faut réajuster, Ludi, faut adapter… Il était incapable de dire, d’exprimer, mais il nous aimait. C’est sûr. Sois en certaine…


Ludivine s’agace, mais Réjane poursuit :

-       Moi, je l’ai compris très vite, ça. Quand il m’a éjectée de la maison. Je suis passée par une phase où je lui en ai voulu. Profondément.

-       Oui, mais toi, tu fonctionnes peut être comme ça, toi, t’as pas besoin qu’on te donne des preuves, t’as pas besoin qu’on te dise, mais moi, si. Et savoir que c’est toi, ma propre sœur qui a mis le feu à la maison, ma propre sœur qui a éliminé les preuves de son amour… ça me met hors de moi.

-       Tu as le droit de m’en vouloir, Ludi. Mais en voulant supprimer cette maison, j’ai voulu t’aider, j’ai voulu te faire avancer, te faire grandir. En ayant un père comme on a eu, on peut très vite comprendre…


Ludivine interrompt Réjane, agressivement :

-        Comprendre quoi ? Tu comprends mieux que les autres, toi… Tu te sens supérieure, c’est ça ?


Mais Réjane persiste, tout en douceur :

-       Non, j’ai jamais dit ça. Je dis tout simplement qu’il faut que tu arrêtes de te laisser plomber par lui, il faut que tu vives ta vie, Ludi, il faut que tu te détaches de lui et le seul moyen de le faire c’est d’acquiescer au fait très réel qu’il nous aimait. Y’a pas de preuve à engranger. Y’a juste à le savoir. Et tu seras portée.


Soudain, Ludivine n’a plus rien à répondre à Réjane. Elle se sent chavirer, prise entre deux eaux ; celles bouillonnantes de colère et de réprobation et celles qui ne veulent que l'harmonie.

Un grand vide se fait en elle, qui part du fond de ses entrailles. Sa tête lui tourne, elle ferme les yeux, là, assise devant le repas à peine entamé. Elle s’adosse au dossier de sa chaise, dans le moelleux des coussins, prise par un profond malaise qui peu à peu la submerge. Instinctivement, elle prend une profonde inspiration, et puis ça relâche toutes les tensions dans son corps. C’est alors qu’elle se sent enveloppée d’une lumière chaleureuse, réconfortante. Ludivine ne comprend pas ce qui lui arrive. A la fois une angoisse palpable l’étreint et dans le même temps, un trou dans l’obscurité de sa conscience s’ouvre sur quelque chose de lumineux et d’indescriptible : aucun mot ne vient à son esprit pour qualifier son état de l’instant. Elle se laisse fondre dans des respirations régulières qui la calment peu à peu, l’apaisent et la dilatent tout à la fois.

Quand elle rouvre les yeux, elle n’a aucune notion du temps qui est passé. Une minute ? Une heure ? Tout ce qu’elle constate, c’est que le soleil est sur le point de se coucher, que le paysage environnant est beau à couper le souffle et que Réjane a débarrassé la table. Elle a dû le faire très discrètement. Ludivine n’a rien entendu. Un énorme vase trône à présent au milieu de la table, exhalant les senteurs subtiles d’un bouquet magnifiquement composé.

Tout est en ordre, tout est à sa place.

Ludivine alors ébauche un sourire.

Elle regarde sa sœur qui vaque à quelques occupations d’arrosage sur sa terrasse. Voilà bien le secret de toutes ces fleurs qui ornent son lieu de vie ; Réjane porte attention et soin à tout ce qui vit autour d’elle. Et Ludivine est là, elle fait partie de la vie de sa sœur, tout comme Réjane fait partie de l’univers de Ludivine, désormais.

Un poids l’a délestée. Après tout, oui, sa sœur, Réjane, si longtemps absente de sa vie, ne lui veut que du bien. Même si elle a eu un geste criminel en brulant la maison de leur enfance, Réjane l’accueille ici à bras ouverts. Et tout ce qu’elle avance, tout ce qu’elle décrit, elle le vit vraiment, elle est en adéquation totale avec tout ce qu'elle dit.

Ludivine profite que Réjane lui tourne le dos pour l'observer et la détailler encore plus ; cette silhouette élancée, ces longs cheveux sombres virevoltant autour d’elle au rythme de ses déplacements, ses habits choisis avec soin qui épousent parfaitement son corps élégant. Non, vraiment, ça n’est plus la gamine révoltée de leur adolescence. Ses bras couverts partiellement d’un léger chemiser laisse deviner l’estompe de ses tatouages sur sa peau. Pas d'ostentation. Juste des tatouages sommes toutes anodins, communs, et parfaitement d’actualité. Réjane est bien de son époque, sa parole est en accord avec ce qu’elle dégage, à l’aise en toute circonstance. Et rien que pour ça, Ludivine relâche encore plus toute résistance quand Réjane, la voyant sortie de sa torpeur, ajoute tout doucement tout en la prenant dans ses bras, avec douceur et amour :

-       Ludi, il faut que tu passes à autre chose. Papa est mort. La maison n’existe plus. Mais toi, Ludi, tu as la vie devant toi.

 

 

 

EPILOGUE

 

Depuis ces retrouvailles, de l’eau est passé sous les ponts. Des torrents d’eau charriant les souvenirs. Les deux derniers cahiers que Ludivine avait en sa possession, elle les a jetés par-dessus bord, dans le courant, les regardant s’éloigner d’elle peu à peu pour rejoindre l’immensité d’un océan pérenne ; Réjane l’a convaincue. Nul besoin de preuve d’amour. L’intuition et ce qu'offre le présent suffisent.

Depuis ces retrouvailles, Ludivine et Réjane sont inséparables, unies dans l’adversité de leurs différences et nées de la même matrice.

Depuis ces retrouvailles, Ludivine explose les possibles, s’émerveille des hasards heureux qui parsèment son quotidien ; tout ça l’assure que tout est posé comme il le faut. Tout ça lui souffle qu’elle est sur son chemin, libre et forte à la fois (et à la foi...).

Et puis, enfin, depuis ces retrouvailles, comme Réjane, elle a osé se faire tatouer. Un tatouage discret, mais un tatouage tout de même…



FIN



Sandrinelle


Des gènes errants


(Septembre 2025) 


Commentaires

  1. Merci pour ce RdV hebdomadaire que je n’ai jamais manqué . Toute histoire a une fin … Sofi Dup

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  2. Tu peux être fière d’être allée au bout de cette histoire qui te ressemble évidemment ! Merci d’avoir ouvert ton cœur et de nous avoir partagées tes émotions ♥️ Marie

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  3. Merci de nous avoir offert cette histoire , si bien écrite, et qui nous parle a tous d'une certaine manière. Bravo pour ce partage d'émotion et ce temps consacré a quelques personnes lambda comme nous.
    I.B.

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  4. Catherine A.14/09/2025 08:43

    Merci pour le partage de ce récit presque hebdomadaire. Comment va-t-on faire maintenant ? Continueras-tu à raconter des histoires et/ou des moments ? Gros bisous,

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  5. 👍👍👍👏😘

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  6. C'est une belle fin, merci Sandrine

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