Des gènes errants - Clap 50 - Des gènes errants


Bonjour la Smala-vie-comme au cinéma (clap 50)

Si tu prends la lecture de ces petits textes en cours de route, arrête-toi de suite !.... Tu ne vas rien comprendre ! Il te faut revenir au tout premier texte, celui du 4 septembre 2023, intitulé « Ça part de là »,  et respecter l’ordre chronologique des claps…

Si tu es assidu-e depuis le 4 septembre 2023, tu auras remarqué que, désormais, cette histoire trace son chemin. Alors ensemble, poursuivons-là…

Bonne lecture !



Ludivine intervient et sans s’adresser ni à Réjane, ni à Germaine en particulier, elle dit, comme à elle-même, d’un air pensif :

-       C’est vrai qu’il a toujours été impulsif, secret et bizarre, Papa.

-       Ah, tu vois, ça s’est pas arrangé au fil des années, alors… répond Germaine.

    Réjane la coupe brusquement, rétorquant violemment, un tremblement dans la voix :

-       Un barge, oui, c’est un barge !...

    Et, se tournant vers Ludivine, elle ajoute :

-       D’ailleurs, je ne sais pas comment t’as fait, toi, là-bas, après. Tu l’as supporté tout ce temps, t’es comme lui, une vraie barge… Ah non, c’est vrai que toi, t’étais sa chouchoute, sa préférée. Toi, tu faisais tes petits coups en douce et hop, il y voyait que du feu.

-       Comment ça, mes petits coups en douce ? Qu’est-ce que tu veux dire par là ? tente Ludivine, tombant des nues face à la réflexion de Réjane.

-       T’as toujours été dans son sens, tu faisais semblant d’être d’accord avec lui.

-       Semblant ? Non, c’est notre père, et même….

    Mais Réjane, à nouveau, interrompt sa sœur, et, les mains en prière, elle annone d’une voix suraiguë d’enfant de chœur :

-       Notre père qui est not’vieux, que ton ombre soit sacrifiée, que ton règne cesse, que ta volonté soit faible… Ah ah, ça t’en bouche un coin, hein, voilà comment j’le vois, le vieux... Et qu’il se taise à jamais.

    Ludivine regarde Réjane faire sa petite mise en scène et lui dit :

-       En fait, t’es méchante…

    Réjane continue de sa voix criarde :

-       Méchante, méchante… on se croirait dans la cour d’école. Ouais, allez, de toute façon, on n’a jamais été ni d’accord, ni raccord, toi et moi. Moi, j’ai vécu des trucs après, même pas t’imagines. Mais faut être passé par là pour comprendre. Toi tu comprends rien.

-       Oh, oh, les filles !... s’interpose soudain Germaine, face aux différends évidents des deux sœurs… On est ensemble, on n’est pas là pour se chamailler…

-       Eh ben moi, je suis venue pour te retrouver toi, pas pour la retrouver, elle, répond Réjane immédiatement, le menton levé et arrogant.

    Germaine pour toute réponse, se lève en s’excusant d’avoir des choses sur le feu. De fait, et dans tous les sens du terme, ça commence à sentir le roussi ; on l’entend soulever quelques couvercles, racler quelques fonds de casserole. C’est là que Réjane en profite pour regarder Ludivine bien droit dans les yeux et lui cracher doucement afin que Germaine n’entende pas, mais distinctement pour que Ludivine saisisse bien l’ampleur de sa haine :

-        J’en ai rien à faire de ta tronche. Depuis que t’es née, t’as toujours été là pour me faire chier…

    A ces mots, et sans laisser place à la moindre réponse ou réaction, Réjane s’éloigne pour virevolter dans la maison, insatiable de commentaires, passant du coin salon à la cuisine, puis de la cuisine à la salle à manger, comme si elle était chez elle, tout à son aise, fouinant partout, énonçant à haute voix les livres connus dans la bibliothèque de Germaine, établissant ainsi un rapport de connivence avec elle, tout en ignorant à nouveau ostensiblement la présence de Ludivine. Et puis, soudain, en apercevant les trois couverts installés sur la table de la salle à manger, elle dit à Germaine :

-       Ah, mais moi, j’ai pas prévu de rester manger. Je reviendrai quand tu seras disponible pour moi.

-       Oh non, Réjane, j’ai tout préparé… tu vas rester ? soupire Germaine.

    Mais c’est peine perdue. Son venin répandu, Réjane, sans un au revoir ni une explication supplémentaire sort à grandes enjambées de la maison, claquant la porte derrière elle, laissant Ludivine et Germaine atterrées.

-       On se demande bien qui est la plus barge, ne peut s’empêcher de constater Ludivine à haute voix, le regard humide tourné vers Germaine, comme pour obtenir de sa part un ralliement à sa cause.

-       Eh ben, moi qui pensais que ça allait être un moment sympa, je vois que je me suis plantée sur toute la ligne…

    Ludivine est stupéfaite. Sa propre sœur est passée comme un courant d’air, viciant l’air sur son passage. Ludivine ne sait même plus où elle en était de sa propre émotion d’avoir retrouvé sa mère, avant qu’elle ne débarque. Et puis, quand elle y pense, cette attitude incontrôlée et incontrôlable de Réjane, ses insultes sans témoin, les réflexions de Germaine désignant son aînée comme la seule responsable du bonheur de ce moment de retrouvailles, rien ne la réconforte, tout la renvoie à une insécurité certaine et absolue. Ludivine ressent soudain comme un vide à l’intérieur d’elle-même tandis que son corps se fait pesant. Elle sent monter en elle cette tension si reconnaissable entre toutes, ce flux invisible et pourtant poignant qui transperce son corps, la traverse de bas en haut pour au final atteindre sa nuque, inonder sa boite crânienne, dissoudre toutes ses pensées, les bonnes comme les mauvaises. Elle ne sait plus à quel saint se vouer, à quoi se raccrocher, au propre comme au figuré. Son chat n’est pas là pour calmer son angoisse, son souffle est court et Germaine est tout à sa contrariété de s’être plantée sur toute la ligne, se désintéressant de la présence de Ludivine de façon évidente. N’ayant rien à quoi se raccrocher, Ludivine perd contenance, pied, conscience et raison. C’est le trou noir.

Quand elle rouvre les yeux, c’est Germaine que Ludivine voit dans son champ de vision, le sourcil froncé, le regard curieux, lui tapotant les joues pour la faire revenir à elle.

-       Eh ben, c’est pas l’jour… C’est un malaise vagal que tu m’fais là… T’as mangé au moins, ce matin ? demande Germaine.

    Ludivine ne peut pas répondre. Elle se sent tenaillée par l’angoisse qui lui comprime la poitrine. Elle essaie de retrouver son souffle mais ses poumons lui font mal, sa tête lui tourne, elle est allongée sur le sol. Elle a eu de la chance de ne pas se prendre un coin de la table, dans cette pièce où tout est à l’étroit. Germaine la prend en charge comme… Comme si elle était sa fille ? Ah oui, ça pourrait ressembler à ça, l’attention d’une mère : relever quand on tombe, soulager quand on a mal, accueillir quand on est perdu, nourrir quand on a faim… Mais Germaine est froide et détachée. A part son sourcil froncé et son analyse sommaire et vague sur l’origine de la chute, Germaine reste de marbre, stoïque, détachée, comme si s’occuper des gens qui flanchent, c’était son métier, l’émotion à distance. Ludivine reprend peu à peu tous ses esprits, se lève tout doucement pour se poser aussitôt sur le canapé du salon. Et, dans un sursaut de sororité, elle demande :

-       Elle est vraiment partie Réjane ?

-       Ah oui, partie, partie… C’est fou, elle n’a pas changé non plus, elle… Toujours aussi emportée. Ouais, je les retrouve bien, mes deux filles, une emportée et une empotée…

    Et Germaine rit à gorge déployée de ce qu’elle croit être un bon mot d’esprit.

En revanche, ça ne fait pas rire Ludivine qui se sent trop faible pour rétorquer. A ses yeux, c’est encore un mauvais point qu’elle remporte là, Germaine. Mais  Ludivine garde sa rancœur au fond d’elle et lui lance seulement un regard qu’elle veut le plus méprisant possible. 

Germaine le remarque et lui lance tout de go :

-       Oh, ben en plus t’es bien susceptible !

Pour le coup, Ludivine se ferme totalement devant l’injustice et le jugement sous-jacent de Germaine. Et puis, suite à ce soi-disant malaise vagal, elle se sent faible et peu encline à faire face à toute discussion. Aucun chat n’est à la portée de ses caresses pour apaiser ses angoisses, mais un moelleux canapé en cuir accueille son corps alors que Germaine s’en retourne en cuisine.

Ludivine plonge dans son fameux sommeil refuge.



La suite dans quelques jours ?

 

Sandrine L

Ecrivant


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